Les Poêmes Prophétiques du XVI è Karmapa


Le rugissement enchanté

Le glorieux Tolung Tsurphou (1), c'est Akanishta (2).
Suprême domaine de l'esprit,
Le lieu où s'assemblent en nuées des océans de dakinis,
Adossée à la montagne parée somptueusement, la terre pure de Chenrezig.
Face à Tsurphou, une éminence couverte d'une forêt vaste, luxuriante, un océan tourbillonnant de déités courroucées.
Entre les deux, le mont Tushita, la conscience et terre pure joyeuse du
noble Maitreya (3).

Allons à cette terre pure où les lamas, les yidams et les dakinis s'assemblent par nuées.
Une fois dressée la bannière victorieuse des enseignements du Bouddha en la contrée du Dharma (4).
Faisons rayonner au pays des cimes enneigées et du Kailash le soleil du bonheur et du contentement pour tous les êtres.

[Dalai Lama], pilier des enseignements du Bouddha, joyau qui exauce les souhaits,
Inondant le monde d'une myriade de lumières,
Demeurez à jamais, constant et immuable tel un diamant.
À Lhassa, dans le palais vermeille, sur un trône d'or soutenu par les lions
Votre enseignement mélodieux s'exprime avec les accents de Brahma (6),

En cet univers infini,
Veuillez tourner les trois dharmachakra.
Votre esprit doué de la sagesse primordiale non conditionnée discerne directement les trois temps.
Vous portez les enseignements du Bouddha sans partialité ; ils ne dépérissent point, mais fleurissent.
Puissiez-vous régner, tels les trois Dharmaraja (7) mariant Dharma et autorité temporelle en un lien de soie.
Les êtres en éprouvent tant de bonheur et de joie !

L'enseignement du Bouddha se diffuse
La sangha garde la tête haute ; tombe une averse mielleuse de Dharma
Et l'univers des êtres vivants nage dans le bonheur.
Dans leur quête du bonheur, la multitude des êtres conscients ne cumule que souffrance.
Le premier instant d'aperception apporte la délivrance de la nasse des trois domaines d'existence.
Portons ce vaste univers à la joie que l'on nomme paix véritable.
De la sphère du nada ineffable émane ce chant bienheureux,
Joignons-nous à une danse extatique au son d'une mélodie d'enchantement.

Le dix-septième jour du cinquième mois tibétain de l'an bouf de fer (1961),le XVIe Gyalchok Karmapa a révélé ce chant. Damcheu Yongdou a sincèrement et avec le plus grand respect sollicité l'autorisation de publier ces paroles, en raison des vastes bénédictions dont elles s'imprègnent. Gyalwang Karmapa ayant gracieusement accordé sa permission, cette édition a été publiée par
le Centre Dharmachakra à Rumtek, au Sikkim, le vingt-cinquième jour du cinquième mois tibétain de l'an du bouf de fer (7 juillet 1961). Puisse-t-elle faire naître la réalisation des prières qu'il exprime.

Traduit sous la direction de Khenchen Thrangou Rinpoche et Ringou Tulkou par Michele Martin, de New York (1992, 1994 et 2000).


Notes du Ven. Khenchen Thrangu Rinpoche

1. Tsurphu est le siège des Karmapas au Tibet. Tolung est la vallée où il est sis.
2. Ici on réfère plus généralement à une terre pure du sambhogakaya et notamment, à celle de Vairocana.
3. Maitreya est le nom du futur Bouddha.
4. Faisant référence au Tibet.
5. Kailash est la montagne sacrée au Tibet occidental, un lieu où de nombreux siddhas se livrent à la pratique, dont Milarepa.
6. On dit que la parole de Brahma est facilement audible peu importe que l'on soit près ou loin de lui.
7. Songtsen Gampo, Trisong Deutsen et Tri Ralpachen.
8. Lorsque tous les phénomènes se dissolvent dans la base [de tout - alaya], il s'agit de l'ultime trace, la plus infime ; elle est si subtile qu'elle est considérée comme un synonyme de vacuité.